Quelles solutions pour réveiller la démocratie ? L’interview exclusive d’Olivier Véran

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Cette interview est à lire en exclusivité sur notre site et à consulter au format papier dans les colonnes de notre partenaire, le journal le Drenche, dans le cadre d’un dossier spécial consacré au renouveau démocratique.


Vous êtes désormais porte-parole du Gouvernement mais aussi ministre délégué chargé du Renouveau démocratique. Quels objectifs vous ont été fixés par Elisabeth Borne ?


J’ai trois principaux objectifs. Lutter contre l’abstention, en agissant sur ses causes, et pas seulement en la commentant et en feignant d’être surpris après chaque soirée électorale. Faire exister la démocratie du quotidien, en ouvrant de nouveaux espaces d’expression pour donner un écho aux nouvelles formes de mobilisation citoyenne. Et, enfin, créer les conditions d’un véritable « réflexe » de la participation citoyenne avec de nouveaux outils, notamment numériques, faciles à utiliser et accessibles à toutes et tous.


Pourquoi selon vous, parle-t-on d’une “crise de la démocratie” ? Est-ce un terme exagéré ou cela correspond-t-il à une réalité ?


Partout en Europe et dans les démocraties occidentales, la confiance que les citoyens portent à leurs représentants politiques et, plus largement, à l’action publique s’érode année après année. Je l’ai constaté très concrètement dès l’instant où j’ai enlevé ma blouse de médecin pour enfiler l’écharpe d’élu : du jour au lendemain, j’étais devenu un « politique comme les autres », coupable de nombreux maux. Cette défiance doit collectivement nous interpeller, alors que la tentation des extrêmes nous menace aujourd’hui plus que jamais. Je suis tenté de comparer la question démocratique aux enjeux climatiques : notre démocratie brûle, ne regardons pas ailleurs.


Quelles solutions pour "réveiller la démocratie” ?


L’ampleur de la tâche nous invite à beaucoup d’humilité, il n’y a pas de solution « miracle ». Chaque acteur détient une partie de la solution : les élus mais aussi les associations de terrain, civic tech ou encore médias citoyens comme le vôtre qui font bouger les lignes et portent des initiatives que nous devons valoriser. Par ailleurs, la « nouvelle méthode » impulsée par le président de la République permet de consulter davantage les Français mais surtout de donner à voir, en transparence, les résultats concrets de ces consultations pour apporter la preuve de leur efficacité et de leur utilité.


Qu’attendez-vous de la future Convention Citoyenne sur la Fin de Vie ? La prise en compte par le gouvernement des propositions de la Convention Citoyenne sur le Climat a fait débat. L’approche sera-t-elle différente cette-fois ci ?

 
La Convention citoyenne pour le climat était un dispositif expérimental donc perfectible.  Néanmoins il a produit des avancées importantes, qui n’auraient sans doute pas été réalisables sans elle. La fin de vie est un sujet plus resserré et le mandat des citoyens est différent. Les conclusions de la convention citoyenne serviront à éclairer les pouvoir publics sur l’opportunité de faire évoluer le cadre d’accompagnement de la fin de vie. Le débat sera aussi plus ouvert : des concertations seront menées parallèlement avec l’ensemble des parties prenantes, des réunions publiques d’information seront organisées dans les territoires, et les parlementaires sont associés dès à présent à la réflexion.


Sur quels sujets devraient porter les prochaines conventions citoyennes ? Pourquoi pas une Convention Citoyenne pour les retraites ? 


Avant de penser aux prochaines, je souhaite déjà réussir celle-là ! Et aussi toutes les autres démarches participatives que mon ministère accompagne : la concertation en cours sur notre avenir énergétique, les prochains états généraux du droit à l’information… Quant à la réforme des retraites, elle doit être présentée et débattue début 2023, et les travaux parlementaires se nourriront des concertations en cours avec les partenaires sociaux et des consultations citoyennes menées lors du précédent quinquennat.


A quelles échelles doivent-elles être réalisées ? Uniquement nationales ou régionales voire locales? 


Il n’y pas de règle intangible. Tout dépend du sujet et des objectifs donnés à chaque démarche. Mais il me semble important d’ancrer localement ces exercices, car les enjeux prioritaires d’un même sujet peuvent différer d’un territoire à l’autre. Je trouve intéressant de pouvoir articuler les deux dimensions, nationale et locale, sur un même sujet, comme nous le faisons avec la déclinaison territoriale du CNR sur chacune de ses thématiques.


Le numérique est-il une opportunité ou un piège pour la démocratie ?


Les réseaux sociaux provoquent de très nombreuses dérives mais peuvent aussi se révéler très précieux, notamment à des fins pédagogiques, pour faire comprendre le fonctionnement de nos institutions et de notre système politique. J’essaie de m’y employer sur Instagram, Twitter et même, depuis peu, TikTok, en rendant compte de notre action. Plus largement, le numérique peut contribuer à renforcer la participation des citoyens à la vie démocratique. Donner son avis et partager ses idées en ligne, régulièrement, sur les sujets qui ont un impact concret sur notre quotidien doit pouvoir devenir une habitude pour un maximum de citoyens.


L’abstention chez les jeunes a atteint des sommets. Comment inclure plus systématiquement les jeunes dans le processus démocratique ?


Tout part de l’école : pour gagner la bataille contre l’abstention, l’essentiel se joue avant 18 ans. Nous devons continuer à faire de l’éducation civique une priorité, à valoriser l’implication des élèves dans la vie de leurs établissements, comme délégués, éco-délégués ou encore élus dans les instances collégiennes ou lycéennes et, enfin, à ouvrir toujours plus largement les portes de nos institutions aux plus jeunes. La nouvelle génération est autant engagée que les précédentes mais elle s’engage différemment, au service de causes plus concrètes, comme le climat. Si nous sommes capables de mieux valoriser ces nouvelles formes d’engagement, tout en faisant la démonstration que le vote et l’action politique restent indispensables pour faire avancer la société, alors nous avons une chance de remobiliser les jeunes dans les urnes.


Selon un sondage Harris seul 20% des français pense que le CNR peut changer la vie des Français. Comment expliquer ce scepticisme et surtout comment convaincre les français de l’utilité du CNR ?


Il n’est pas anormal de s’interroger sur l’utilité d’une méthode qui n’a jamais été expérimentée. Les Français jugeront lorsque la démarche produira ses premiers résultats. Mais j’observe que, sur le terrain, la dynamique est bien enclenchée : 850 établissements scolaires ont déjà démarré une concertation volontaire, plus de 300 projets seront engagés sur le volet santé, à l’initiative des acteurs locaux, d’ici la fin de l’année. Et les CNR thématiques auront tous été lancés d’ici fin novembre. Rendez-vous en décembre pour un premier point d’étape !